Que se passa-t-il le 31 juillet 1977 ?

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Issue des Archives du Progrès de Lyon.

Un immense fracas, et, quelques minutes plus tard, lorsque le nuage de poussière se dissipa, un immeuble de cinq étages avait vécu. Un énorme tas de gravas, de poutres et d'éléments de construction apparurent alors aux yeux épouvantés des témoins.

Une fois de plus, la hantise des Lyonnais, le glissement de terrain, avait accompli son oeuvre destructrice et meurtrière. Derrière le trou béant laissé par l'immeuble, la colline de la Croix-Rousse rappelait à ses habitants qu'ils étaient à sa merci, autant que ceux de Fourvière.

Il était vingt heures, ce 31 juillet 1977, et l'alerte n'avait été donnée qu'une petite demi-heure auparavant. Une équipe de sapeurs-pompiers de la 1re compagnie était appelée pour un petit glissement de terrain rue Justin-Godard, dans une petite propriété située dans une petite artère surplombant le Rhône. C'est de là qu'ils se rendirent compte que l'immeuble situé en contrebas était lézardé sur toute sa largeur, la fissure atteignant une dizaine de centimètres.

Avec une présence d'esprit remarquable, leur chef décidait d'évacuer l'immeuble de ses occupants séance tenante. Les sauveteurs se ruaient dans l'immeuble, frappant aux portes et poussèrent manu militari les habitants. Ceux-ci, pour la plupart attablés, se virent empoignés par les épaules, avec un strict minimum d'explications tandis que les sapeurs-pompiers procédaient à l'ouverture des portes, à coup de hache si besoin.

Leur chef, dit-on, constatant que la lézarde s'agrandissait à vue d'oeil, enjoignit à ses hommes de quitter immédiatement l'immeuble, ce qu'ils firent dans la minute. A peine le dernier d'entre eux avait-il franchi le seuil que la façade s'ouvrit en deux et que l'édifice s'écroula sur lui-même.

Des morts

Les instants qui suivirent furent ceux du doute. Tout le monde était-il sorti ? Un témoin affirma avoir aperçu une personne qui tentait d'ouvrir une fenêtre au 3e étage quelques instants avant le drame.

La nuit tombait, de nombreux secours avaient convergé sur les lieux et la police tentait de faire le décompte des habitants de l'immeuble. De neuf disparus au départ, la liste se réduisit progressivement à trois personnes, un couple de personnes retraitées, Léa et Gaston Senil, et une troisième victime potentielle dont on avait retrouvé la Simca 1000 garée à proximité.

Les opérations de déblaiement devaient, hélas, donner raison à ce sinistre dénombre, les trois corps, dont celui de M. Eugène Vidoni, 42 ans et locataire du 4e étage, finissant par être extraits des décombres les jours suivants.

Les premiers secours furent portés avec une prudence extrême, la leçon de l'éboulement de Fourvière ayant marqué les esprits en emportant dans une deuxième vague les sauveteurs présents sur les lieux.

Et en effet, vers 22 h 30, plusieurs pans de murs du garage de la propriété dominant l'immeuble s'effondraient avec fracas sur les ruines. Une énorme citerne à mazout apparaissait en surplomb et apportait un supplément de difficulté dans la protection des immeubles voisins dont on craignait qu'ils s'effondrassent à leur tour.

La circulation du cours d'Herbouville fut suspendue pour n'être rendue totalement à la circulation que bien des années plus tard.

Ce n'est que le lendemain que l'on put commencer à établir des bilans, humains avec la découverte des trois corps, matériels avec les six immeubles voisins vidés de leurs soixante-dix occupants et menaçant de s'écrouler à leur tour, en particulier le n° 15.

Il fallut étayer à la hâte les deux bâtisses fragilisées avant de commencer à évacuer l'énorme tas de gravas qui avait été un immeuble quelques heures auparavant.

Barbacanes obturées

Et déjà venaient les premières interrogations quant aux raisons de cette catastrophe. Très vite, on mit en cause la piscine surplombant l'immeuble, là où étaient apparues les premières fissures provoquant l'alerte. On suspecta aussi le sol lui-même, ce gruyère dont les galeries drainent depuis des temps immémoriaux les eaux souterraines. Des barbacanes n'avaient-elles pas été bouchées lors de la réfection d'un mur appuyé sur la colline ?

L'enquête judiciaire commençait et des experts renommés se penchaient sur toutes les hypothèses. L'appellation de " colline qui travaille " ainsi que l'on se plaît à nommer celle de la Croix-Rousse pour l'opposer à Fourvière, " la colline qui prie ", trouvait un sens premier et tragique.

Au fil des jours, puis des années, les immeubles adjacents tombèrent les uns après les autres. Le 15, condamné dès le lendemain de l'effondrement, puis toute une série laissant une immense trouée au bas de la colline.

Pas question de forcer le destin, c'est un gigantesque ouvrage (de 80 mètres de long sur 30 mètres de hauteur et pesant 6500 tonnes) conçu dans les normes de l'art qui fut élevé dans la vilaine trouée, de 1982 à 1985, tandis que la mémoire du drame s'estompait sans tomber dans l'oubli pour autant.

Il fallait maintenant rebâtir, les villes ayant horreur du vide et un projet prit corps.Dix ans plus tardS'il était maintenant possible de construire, l'autorité préfectorale s'opposait au principe d'une ZAC privée. Ce dernier obstacle au prolongement de ce qui était devenu un feuilleton urbanistique finit par être levé et le projet de deux promoteurs (SEER et SMCI) adopté dix ans plus tard. Compte tenu du site, l'aspect esthétique était de première importance. On choisit un style résolument moderne devant, en principe, s'intégrer au bâti existant. La première pierre fut posée le 14 novembre 1988.

C'est ainsi que les Lyonnais voient aujourd'hui ce grand immeuble bleu pâle sans toujours se douter qu'il masque les restes d'une tragédie.

beltran eric (non vérifié)
sapeur pompier

Bonjour,
le chef d'équipe des sapeurs pompiers dont vous faites référence dans votre récit était mon père, Daniel BELTRAN, et il m'a souvent raconté le récit de son intervention

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